La revue de la Société Astronomique de France

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l'édito du mois

Comme vous le savez sans doute, le magazine que vous avez entre les mains en ces premiers jours de mai a été terminé les premiers jours d’avril. Alors, nous ne savions pas qui, des onze candidats à la présidentielle, serait élu, et spéculations, pronostics ou espoirs alimentaient les conversations ; début mai, ce sont déceptions, joies ou analyses qui les alimentent. Mais ce qui est sûr, c’est que ni le passage de la comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak dans le ciel de l'hémisphère Nord en ces premiers jours d’avril, ni celui des comètes C/2015V2 (Johnson) ou C/2015ER61 (PanSTARRS) en mai n’ont influencé en rien l’élection du président de la République française, n’en déplaise aux crédules et aux oiseaux de mauvais augure. Au contraire, l’arrivée de comètes dans le ciel au-dessus de nos têtes est pour les astronomes, petits et grands, source de curiosité et d’espoir de pouvoir les apercevoir et les suivre pendant les quelques semaines de leur présence. Les éphémérides vous en disent plus pour une bonne observation. Pendant longtemps, on a ignoré tout de la nature de ces astres « aléatoires », d’où la tentation pour beaucoup de relier leur présence à des événements heureux ou malheureux chez les Terriens, puis, au cours des siècles, on a compris de mieux en mieux leur origine, leur nature, leur structure et la science a repris le dessus. Les survols permettent aussi d’en savoir beaucoup plus, et le dernier d’entre eux, celui de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko par la mission Rosetta, tient en haleine les chercheurs du monde entier par la moisson d’informations fascinantes qui nous sont révélées au fil des conférences et des publications. Ainsi, dans les actualités, un compte rendu « 67P/CG : un réservoir de matériau carboné » explique comment des mesures radar entre orbiteur et atterrisseur ont permis de comprendre que ce corps poreux est constitué de particules riches en carbone. D’autres actualités parlent de poussières dans les galaxies primitives ou de matière noire, encore bien incomprise ; enfin, notre Terre est elle aussi scrutée dans ses profondeurs afin de comprendre les hétérogénéités de son manteau. Le zoom de ce mois s’intitule « Encercler les mystères cosmiques », ce qui est un titre bien mystérieux. Le sous-titre « Une méthode simple pour mieux comprendre notre Univers » suggère que ce ne doit pas être si simple, même si cet article réussit la prouesse d’expliquer simplement comment la distribution de masse et de vitesse cosmique de l’Univers peut être prédite à partir des premiers principes, de manière complètement analytique. Il peut être rapproché de la suite de notre feuilleton cosmologique, consacré ce mois-ci à ce qui est appelé « l’âge sombre », c’est-à-dire le passage du rayonnement cosmologique à celui des premières étoiles. Oserai-je me demander si, dans quelques semaines, nous allons aborder un « âge sombre » ? Bonne lecture.

Janet Borg